Faut-il arrêter de rembourser la psychanalyse en France (2025) ?

En novembre 2025, une proposition déposée au Sénat a relancé une question sensible : la Sécurité sociale doit-elle continuer à rembourser des soins psychologiques inspirés de la psychanalyse ? Même si cette proposition a été retirée, le débat reste ouvert et divise.

Remboursement psychanalyse 2025

Comment fonctionne aujourd’hui le remboursement des soins psy ?

Contrairement à une idée répandue, la psychanalyse en cabinet privé n’est généralement pas remboursée par la Sécurité sociale. En revanche, certaines prises en charge indirectes existent.

  • Dans les hôpitaux et les centres médico-psychologiques (CMP), les soins sont financés par le service public.
  • Depuis 2022, le dispositif « Mon soutien psy » permet le remboursement de séances chez des psychologues conventionnés.

Depuis 2025, ce dispositif propose jusqu’à 12 séances par an, à 50 € la séance, remboursées à 60 %. Il a permis à plusieurs centaines de milliers de personnes d’accéder à un suivi psychologique.

Pourquoi la psychanalyse est-elle contestée ?

La principale critique porte sur la question des preuves scientifiques. Depuis 2012, la Haute Autorité de Santé (HAS) estime que la psychanalyse ne dispose pas de données suffisamment solides, notamment pour le traitement de l’autisme. Des textes ultérieurs ont renforcé cette orientation en privilégiant des méthodes dites « reconnues scientifiquement » pour certains troubles.

Pour certains médecins et responsables politiques, il n’est donc pas cohérent de financer avec de l’argent public des pratiques jugées insuffisamment validées.

Que proposait la mesure discutée en 2025 ?

L’amendement débattu en novembre 2025 proposait qu’à partir du 1er janvier 2026, les soins se réclamant de la psychanalyse (ou reposant sur des fondements psychanalytiques) ne donnent plus lieu à remboursement.

Les arguments avancés étaient principalement :

  • la volonté de réserver l’argent public à des soins évalués scientifiquement,
  • l’objectif de réduire les dépenses de la Sécurité sociale,
  • des témoignages dénonçant des prises en charge jugées inadaptées, notamment dans l’autisme ou le TDAH.

Face à une forte mobilisation des professionnels et à l’avis défavorable du gouvernement, l’amendement a été retiré.

Pourquoi cette idée a-t-elle provoqué une forte opposition ?

Plusieurs objections majeures ont été soulevées.

D’abord, la formulation est jugée trop floue : beaucoup de psychologues utilisent des approches mixtes. Définir précisément ce qui relève d’une influence psychanalytique serait difficile à appliquer, et risquerait de créer des décisions arbitraires.

Ensuite, les défenseurs de la psychanalyse insistent sur le pluralisme thérapeutique. Selon eux, les patients n’ont pas tous les mêmes besoins, et il faut préserver une diversité d’approches dans le système de soins.

Enfin, les organisations professionnelles rappellent que la déontologie reconnaît une autonomie au psychologue dans le choix de ses méthodes, tant qu’elles respectent un cadre éthique.

Quels seraient les effets sur les patients ?

Les conséquences possibles inquiètent une partie des acteurs de terrain :

  • fragilisation du dispositif « Mon soutien psy » si la mesure touche indirectement certains psychologues,
  • aggravation de la saturation des CMP, déjà confrontés à des délais d’attente très longs,
  • augmentation des inégalités d’accès aux soins, les personnes les plus modestes étant les premières à renoncer à consulter.

Dans un contexte où la santé mentale est devenue un enjeu majeur, une réforme mal calibrée pourrait rendre l’accès aux soins plus difficile.

Un débat loin d’être terminé

Même retirée, la proposition a montré que la question reviendra probablement dans le débat public. Elle pose une interrogation plus large : comment décider ce que la collectivité doit financer en matière de santé mentale ?

Deux logiques s’opposent :

  • réserver le remboursement aux pratiques validées par des preuves scientifiques robustes,
  • préserver une pluralité d’approches pour répondre à la diversité des souffrances psychiques.

Le débat sur le remboursement de la psychanalyse ne se limite pas à une querelle entre écoles. Il touche à des choix de société : la place de la science dans les politiques de santé, les contraintes budgétaires, la liberté professionnelle des soignants, et surtout l’accès réel des patients à une aide psychologique.

Beaucoup estiment que la priorité devrait être d’évaluer sérieusement les pratiques, de financer la recherche et d’organiser l’offre de soins, plutôt que d’imposer une exclusion administrative difficile à appliquer.